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[ samedi 29 mars - 20h : Venir chez toi, là où tu n'es pas... ]
Je me dirige vers ce village dont le nom résonne encore en moi, comme si je venais lui rendre visite, comme si nous allions passer une soirée ensemble, comme si j'allais passer la nuit avec lui, comme avant...
Je passe le grand portail vert de ta résidence. Je me souviens, quand tu me demandais d'ouvrir le petit portillon en passant le bras à travers les barreaux pour appuyer sur le bouton, mais que mon bras était trop petit... Alors tu rigolais.
Je marche sur la route, j'ai le coeur qui bat de plus en plus vite. J'arrive au niveau de la piscine, je tourne a droite. Je me rappelle, quand nous arrivions devant chez toi, qu'il faisait -5°c, que nous étions gelés, on se ruait sur la porte d'entrée, tu mettais le chauffage à font, et tu vennais me réchauffer, allongé sur le canapé, dans tes bras, dans ton souffle chaud, dans ton amour brulant...
Je frappe à la porte, ton père m'ouvre. Face à moi, je te vois toi, dans 30 ans. Les mêmes yeux, le même visage... Le jour où tu m'avais présenté à lui, j'avais très peur. C'était important pour moi, mais ça l'était aussi pour toi. J'avais fait très bonne impression, et toi, tu étais content "Mon père t'aime bien, il m'a dit elle est très sympa, elle est pas conne, elle est intelligente et mignonne. Chuis content qu'il pense ça de toi!"
Je rentre. Son amie était là aussi. Il y avait ton frere avec un copain. Quelque minutes passent puis ton père me demande de venir... dans ta chambre... "J'ai des choses à te donner".
Il dépose sur ton lit ton trésor... Je reconnais beaucoup de choses, des choses que tu me prétais. Il dépose ensuite une sorte de petite pochette noire "Il avait ça sur lui le jour de l'accident. Je suppose que ça te concerne." J'ouvre, et je vois en premier une photo de toi et moi. Une deuxième se cache derière. Puis il y a un paquet de feuilles derière ces photos. Mes lettres... Tu gardais mes lettres. Des lettres qui datent du premier mois, et des derniers...
Je les ai toutes lues le soir même, j'ai relus ces mots que je t'écrivais. Il y en a une où je t'écris "On a besoin l'un de l'autre (du moins moi j'ai besoin de toi). C'est dingue de penser au vide que ça ferait si t'étais plus là." Cette lettre date de presque 9 mois après notre rencontre.
Ton père m'a reconduit. Avant de sortir de la voiture il me dit "Et... essaye de passer à autre chose! _Oui oui, t'inquietes pas, je pense au bac, à mon avenir! _Non, tu sais très bien de quoi je veux parler..."
[ 3 avril 2008 - 23h45 : Je ne trouve pas le sommeil. ]
Je ne sais pas à qui parler.
Peur de "saouler", peur de déranger, peur de ne pas savoir quoi "dire".
Je me sens tellement seule.
J'enfouis tout, je fais des réserves de douleurs, qui fuient de temps en temps.
Je garde mes maux prisonniers, sans réussir à trouver les mots pour en parler.
Mon dieu, tu me manques Hugo.
J'ai envie de t'appeler, te dire à quel point j'ai mal, mal que tu ne sois pas là.
Je suis perdue, tu as emporté avec toi ma raison d'aimer. Je ne suis plus moi. Je reste seule... Ravalant mes larmes et mon chagrin.
Tu as emporté tout ce que je t'avais donné, et je garde comme le plus précieux des trésors, tout ce que tu m'as apporté, tous ces moments que l'on a passé, toute notre histoire... Sans réaliser qu'elle s'est terminée. Elle ne peut pas être terminée. Je ne peux pas passer à autre chose, pour moi nous sommes ensemble, mon être est tien.
Le point final n'a pas été posé et ne le sera jamais. Je vais devoir continuer notre histoire seule, avec comme unique espoir de la reprendre un jour, avec toi à mes côtés, ailleurs, là où tu es...
Je t'aime
[ 4 avril 2008 - 15h à 19h. Imprégnée de toi. ]
Je suis fatiguée, je me traine, je m'abandonne.
Je m'isole dans mes pensée, dans cette toute petite tête qui ne contient que lui.
Ta mère est si belle, si courageuse. On parle de toi, devant un verre d'eau et des legos que Lucie a laissé sur la table. Elle nous raconte qu'ils ont repeint ta chambre, qu'ils en ont faite une pièce à vivre... "Je vous montrerez tout à l'heure". [ Frisson ]
Je me rappelle, de tant de moments avec toi, ici, là ou je suis assise, dans cette maison, ta maison...Un soir de St valentin... Nos 8 mois...
"Venez voir" Nous la suivons dans le couloir. Ta chambre est lumineuse, elle a changée. Les murs sont repeints, les dessins de ta petite soeur recouvrent ton placard. Sur le bureau, je reconnais le pot à stylo en acier "C'est moi qui l'ai fait ! Mais je m'en sert de cendrier". De petits détails dans ma mémoire qui me sautent aux yeux.
Au mur, il y a le grand cadre que l'on a fait pour toi, avec cette magnifique photo de toi, que j'avais prise au restaurant... tu te souviens... on fêtait nos 9 mois, il me semble. A droite, et non plus à gauche, ton lit... Souvenir d'un vendredi 13 octobre, un vendredi 13 pas comme les autres...
"Ah tiens, j'allais oublier, Lucie t'a fait un dessin. Elle a dit qu'elle voulait faire ton portrait, comme celui qu'Hugo avait fait de toi". Elle me tend le dessin, et je souris devant les coups de crayons bien maîtrisés d'une petite fille de 7 ans... me représentant, dans un cadre, les cheveux or, les yeux bleus =)
Nous t'avons rendue visite, lui et moi. Nous sommes d'abord allés acheter des fleurs. Pour lui, des roses blanches. Pour moi, des roses rouges. On s'est assis devant toi, au soleil, frissonnants. Nous avons gardé le silence un long moment, puis, nous avons parlé de toi...
J'ai peur. J'ai besoin de toi.